EDEEN : la révolution numérique en SHS au cœur d’une école d’été

Lundi 28 mai 2018

L’école d’été en Editions Numériques EDEEN, organisée en partenariat avec l’Université de Grenoble-Alpes au sein de la Maison des Sciences de l’Homme-Alpes, aura lieu du 28 Mai au 2 Juin 2018 à Grenoble, après le succès incontestable de sa première édition l’année dernière, pour laquelle les organisateurs avaient affiché complet moins de vingt-quatre heures après le lancement des inscriptions.

Pour donner une vision d’ensemble des chiffres de l’édition 2017, EDEEN a réuni 53 personnes dont 27 doctorants, en provenance de sept pays : France, Italie, Suisse, Royaume Uni, République Tchèque, Espagne et Canada. L’école a offert 15 cours, dont 4 enseignés parallèlement en deux langues (Italien et français), pour un total de 19 cours. Ces cours ont été offerts par 16 enseignants provenant de quatre pays (France, Italie, Allemagne et Royaume Uni).

L’idée d’une école d’été en humanités numériques, unique dans son genre dans le monde francophone, capable de former les doctorants et les jeunes chercheurs aux innovations digitales appliquées à l’analyse de textes en disciplines différentes (histoire, littérature, philologie), est née après un constat indéniable : une révolution épistémologique et heuristique est en acte dans les sciences humaines. Celle-ci est en train de modifier profondément les objets ainsi que les méthodes de recherche grâce à l’application du numérique à l’analyse du texte, et doit faire comprendre aux scientifiques que maîtriser le digital est devenu fondamental afin de devenir des moteurs actifs de cette même révolution.

Elena PIERAZZO, initiatrice de l’école d’été EDEEN et professeur d’Etudes Italiennes et Humanités Numériques à l’Université de Grenoble, nous parle de cette expérience : « l’école d’été EDEEN propose une formation innovante en humanités numériques avec des contenus qui, jusqu’à l’année dernière, n’étaient enseignés quasiment nulle part en Europe en doctorat. Après avoir participé à la première édition en 2017 et s’être eux-mêmes formés, certains chercheurs ont mis en place des formations doctorales en humanités numériques dans leur Université (c’est le cas de l’Université de Poitiers par exemple). Moi-même je suis très engagée dans les activités de pédagogie pour la recherche, j’aime travailler avec des jeunes enthousiastes, et leur donner accès à des objets et méthodes de recherche qu’auparavant ils ne pouvaient pas du tout concevoir. C’est le cas avec le potentiel ouvert par les humanités numériques. »

Le besoin de formation en humanités numériques émerge également des réponses au questionnaire de satisfaction distribué à la fin de l’école d’été l’année dernière. A titre d’exemple, nous reportons ci-dessous des extraits anonymes, en français et en anglais :

« À mon avis les cours choisis ont été tous parfaits pour apprendre ce que sont les humanités numériques et pour améliorer ou commencer à penser nos propres projets numériques. Je trouve que c’était bien de donner plusieurs possibilités de choix selon nos envies ».

« It was an incredibly useful experience. I loved being able to learn things entirely outside my normal comfort zone with like minded people from different disciplines and different purposes. »

« Une semaine intense et très intéressante, avec un panorama très varié. Très adaptée à ce que je recherchais (une introduction générale), maintenant je sais où faire porter mon effort. J'ai beaucoup apprécié la clarté des interventions et la disponibilité des formateurs pour répondre aux questions. »

Elena PIERAZZO nous parle d’«éthique de la recherche » lorsqu’elle se réfère à son engagement pour la formation des jeunes et elle définit comme  « activisme culturel » la nécessité pour les sciences humaines d’accepter cette révolution en acte et pour les chercheurs du texte d’être ouverts vers le monde du numérique. Cela peut offrir des nombreux avantages, en termes tout d’abord de visibilité de la discipline étudiée : les standards d’encodage de texte (comme TEI - text encoding inititive) ainsi que les techniques de diffusion web, offrent une énorme capacité de circulation d’œuvres, manuscrits, correspondances, contenus potentiellement de tous les auteurs et de toutes les époques, ce qui jusqu’à il y a vingt ans était simplement inconcevable. TEI est née il y a trente ans, néanmoins c’est pendant les dix dernières années que ce standard a connu une véritable diffusion avec des applications systématiques à la recherche en humanités numériques.

L’édition 2017 d’EDEEN a été possible grâce au financement du projet européen Marie-Curie ITN DIXIT “Digital Scholarly Editions”, coordonné par l’Université de Cologne en Allemagne, et dans lequel Elena PIERAZZO était membre associé avec l’Université de Grenoble-Alpes.

Cette première édition a offert des cours de base (introduction aux Humanités Numériques, à HTML et XML, à la manipulation des images numériques), ainsi que des cours plus avancés, que chaque participant pouvait choisir sur la base des ses intérêts scientifiques spécifiques (TEI, XSLT, RDF, SIG, TAL, lemmatisation grecque et latine, etc.).

L’offre des cours structurés en deux niveaux revient pour l’édition 2018, pour laquelle les inscriptions se sont clôturées il y a deux semaines, bien avant la date limite annoncée, en raison du nouveau grand succès. Nous pouvons constater que les inscrits aux cours du niveau avancé sont des doctorants et chercheurs ayant déjà participé à l’école d’été du 2017 et qui souhaitent donc revenir pour se perfectionner ainsi que pour constituer une communauté intellectuelle propice à l’échange autour des humanités numériques.

L’édition 2018 d’EDEEN est financée par différents acteurs institutionnels français qui supportent les humanités numériques : outre la MSH-Alpes, le CNRS et l’Université de Grenoble Alpes, cotutelles de la MSH-Alpes, ainsi que de l’unité mixte de recherche Litt&Arts, à laquelle Anne Gracia-Fernandez et Elisabeth Greslo, co-organisatrices de l’école d’été, sont rattachées, le Consortium CAHIER et l’IDEX Grenoble Alpes. Ces financements permettent de proposer un tarif d’inscription très modeste ainsi que l’attribution de bourses à destination des doctorants.

La MSH-Alpes héberge intégralement l’école d’été, et ce choix est très important afin de pouvoir parler de manière simultanée à tous les scientifiques du texte : historiens, philologues, littéraires trouvent dans la MSH une voix interdisciplinaire permettant à un sujet transversal tel que les humanités numériques de s’exprimer. L’organisation d’EDEEN avait besoin d’un lieu « neutre », capable de faire tomber les étiquettes portées par chaque discipline, afin de pouvoir parler à tous les scientifiques du texte et afin de pouvoir donner à l’école un retentissement beaucoup plus ample que celle qu’une seule discipline aurait pu avoir.

Nous attendons donc avec impatience le déroulement de cette deuxième édition de l’école d’été EDEEN à la fin du mois de mai, et nous communiquerons bientôt sur ses impacts, tant scientifiques que de structuration d’une communauté, dans le cadre des Humanités Numériques !