Interview de Jean Vigreux

Vendredi 5 mai 2017

Jean Vigreux, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Bourgogne, est depuis le 1er avril 2017, le nouveau directeur de la MSH de Dijon. Nous avons eu la chance de pouvoir lui poser quelques questions, lors d’un de ses déplacements à proximité de nos bureaux.

 

Pendant combien de temps avez-vous travaillé à la maison de Dijon comme directeur adjoint ?
Quatre années, avec Francis Aubert qui en était le directeur. J’étais auparavant professeur à l’université de Besançon, et quand je suis revenu à l’université de Bourgogne en septembre 2012, Francis Aubert m’a demandé d’être l’un de ses deux directeurs adjoints.

 

Quand et pourquoi avez-vous décidé de donner votre candidature comme directeur ?
J’ai envisagé cette possibilité parce que j’ai une histoire particulière avec cette MSH. Lors de ma première année de maître de conférences à l’université de Bourgogne (en 2000-2001), j’ai travaillé, dans l’équipe dirigée et animée par Serge Wolikow et d’autres collègues, comme secrétaire scientifique à l’élaboration du projet de la MSH. J’étais « une petite main » qui faisait les premiers rapports de configuration présentant les futures plateformes et l’intérêt d’une MSH sur le site. Et pour cela j’ai fait avec l’équipe le tour de France des Maisons pour réfléchir à quel type de MSH nous pourrions faire à Dijon et avec quels statuts.
Quelques années plus tard, à mon retour de Besançon, j’ai obtenu un projet d’ANR Corpus (Paprik@2F, le Portail Archives Politiques Recherches Indexation Komintern et Fonds français) qui a été porté par la MSH de Dijon et qui est consultable sur le site Pandor. Je me suis toujours intéressé au dialogue interdisciplinaire, aux plateformes et aux Humanités Numériques. J’ai donc baigné très tôt dans cette culture MSH.

 

Quelles sont les particularités de la MSH de Dijon ?
Elle fait partie du réseau des MSH, et aussi des grandes plateformes du réseau, avec notamment sa participation à SCRIPTO. Dans le cadre du partenariat avec la MSHE de Besançon (une fédération des deux MSH), nous développons une plateforme commune, GeoBFC. Et puis nous avons une troisième plateforme qui commence à émerger avec PROGEDO, la PUD (Plateforme Universitaire de Données).
Les autres spécificités, c’est que nous fédérons 15 laboratoires, que toutes les SHS sont présentes et que nous hébergeons beaucoup de programmes interdisciplinaires. Nous avons aussi une coopération avec AgroSup (Institut national supérieur des sciences agronomiques, de l'alimentation et de l'environnement) et un nouveau partenariat vient de se mettre en place avec l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts (l’ENSA de Dijon) qui a créé un laboratoire de recherche validé par le Ministère de la Culture. Et puis, comme toute MSH, nous sommes un lieu de confrontation des savoirs ouvert sur la Cité et bientôt la Métropole de Dijon.

 

Est-ce que vous pensez que le Réseau National donne de la valeur aux Maisons ?
Oui, le Réseau c’est fondamental ! L’existence même d’une MSH fait qu’elle ne peut pas être toute seule, il faut qu’elle soit dans un réseau, à la fois pour l’émulation, pour la coopération et le partage des compétences, et puis dans un dialogue permanent pour penser un jeu d’échelles. Nous ne sommes pas seulement dans le local, mais aussi dans le national et l’international. Le Réseau a un rôle moteur, et nous apportons notre pierre à l’édifice, comme toutes les autres MSH.

 

Quels sont les principaux objectifs que vous voulez atteindre pendant les cinq prochaines années ?
En premier lieu, ne pas dilapider l’héritage ! Il y a eu le temps de Serge Wolikow, le bâtisseur ; il y a eu le temps de Francis Aubert, le consolidateur de la MSH de Dijon, et j’espère continuer dans cette lignée là. En fait, trois projets me tiennent à cœur. J’aimerais développer les relations internationales, notamment via la Réseau et les MSH associées, tout en consolidant notre identité autour des humanités numériques. Et puis, je souhaiterais que notre MSH soit aussi un lieu ouvert sur la cité dans le cadre de grandes conférences à la MSH, mais aussi en local – une manière de décentraliser la MSH – en labellisant « MSH de Dijon » des événements à Mâcon, à Sens, à Nevers, c’est-à dire de sortir la MSH des murs de l’université – même si c’est déjà un bâtiment très ouvert de l’université – et d’avoir un rayonnement dans la région, surtout dans un moment où Dijon devient métropole.

 

En tant que professeur d'histoire contemporaine est-ce que vous avez de nouveaux projets qui relient les sciences historiques avec d’autres disciplines ?
J’aime bien travailler avec les archivistes, les politistes, les sociologues et les informaticiens (voir projet Parik@2F), mais aussi les géographes en géolocalisation. Nous avons monté un projet LIDAR (Light Detection and Ranging) avec la plateforme GéoBFC sur le Morvan au cœur de la Bourgogne. La MSH dirige le conseil scientifique du parc naturel régional du Morvan. Et on vient d’obtenir ce matin – c’est la bonne nouvelle – un financement conséquent du CPER, de la Région etc… Le LIDAR c’est une photographie aérienne laser, et sur ce projet, le Parc naturel régional du Morvan est associé à l’ONF (l’Office National des Forêts), aux bassins de l’eau, aux collectivités territoriales, au conseil départemental, à Bibracte, à la DRAC, à la MSH... C’est un projet qui réunit les géographes, les historiens, les archéologues, mais pas simplement les sciences humaines, également les sciences du vivant, avec la question des tourbières, des forêts. A la suite de ce relevé nous pourrons lancer des recherches plus précises (thèses, etc.). On pourrait également envisager un chantier fouille d’un maquis de la résistance. Nous avons des zones de maquis, les cartes de l’époque, les plans et bien j’aimerais, à moyen terme, que l’on arrive à faire une fouille archéologique. Cela permettrait au musée de la résistance qui est dans le Morvan d’avoir de nouveaux éléments. Telles sont les premières réponses à vos questions loin de toute exhaustivité…

 

 

Jean Vigreux

Propos recueillis par Elena Ghrinighelli