Interview responsable Humanités Numériques : Sara Tandar

Mercredi 26 juillet 2017

Cette interview fait partie d'une série de trois rencontres des responsables Humanités Numériques de MSH .

Au siège du RNMSH nous avons eu le plaisir de rencontrer Sara Tandar, la responsable Humanités Numériques de la Maison Archéologie & Ethnologie, René-Ginouvès (MAE), qui a accepté de nous parler de son travail :

1. Quel est, selon vous, le rôle des humanités numériques dans la recherche en SHS aujourd’hui ? Quelle valeur ajoutée est amenée par les humanités numériques dans les MSH ?
Un des enjeux pour les Humanités Numériques est de répondre aux besoins des chercheurs en terme d’infrastructures, d’outils, d’accompagnement et de formation en ce qui concerne l’environnement numérique de la recherche, c’est-à-dire tout ce qui est utile et nécessaire au traitement, à l’analyse, à la publication et à la valorisation des données numériques.
Un autre axe fort est l’accompagnement. Dans l’écosystème numérique de la recherche, il s’agit aussi d’identifier les ressources et les compétences qui peuvent répondre aux besoins des projets scientifiques et d’orienter les équipes de recherche.
Une des valeurs ajoutées de mon implantation à la MSH, c’est d’avoir une vue d’ensemble de l’écosystème à l’échelle locale, nationale et internationale sur les acteurs, infrastructures, outils et compétences en ingénierie de la recherche.
Un autre bénéfice de mon positionnement à la MSH est de travailler au sein d’un environnement ouvert à la réflexion que ce soit sur la gouvernance du numérique, l’évolution des besoins que le développement d’une offre d’accompagnement.

2. Depuis quand êtes-vous en poste à la MSH et quel est votre parcours ?
Je suis en poste à la MAE depuis janvier 2016 pour lequel j’ai été titularisée en 2017. Concernant mon parcours, j’ai fait des études en ethnologie, avec une spécialité en ethnomusicologie jusqu’en maîtrise. En 2011, j’ai repris des études en ingénierie documentaire, à l’Institut National des Techniques de la Documentation au CNAM.
Entre 2010 et 2015, j’ai essentiellement travaillé pour le CREM – Centre de Recherche en Ethnomusicologie (CREM/LESC UMR7186) à Nanterre et pour un laboratoire de recherche en acoustique musicale, le LAM - Laboratoire Acoustique Musicale (devenu Lutheries – Acoustique – Musique) à Jussieu. En 2015, j’ai été recrutée au sein du département Information bibliographique numérique de la BnF (devenu depuis 2016 le service Ingénierie des métadonnées) pour le projet de bibliothèque numérique Europeana Sounds.

3. Quel est votre travail en tant que responsable des humanités numériques dans votre MSH ?
J’offre un accompagnement aux équipes de recherche dans leurs projets scientifiques numériques ou avec un volet numérique : conseils, orientations, assistance à maîtrise d’ouvrage, coordination de projet, référente technique auprès des prestataires, etc.
A la MAE, une de mes missions consiste à soutenir la mise en place de la chaîne METOPES au sein du pôle éditorial qui gère 13 revues. METOPES est une chaîne éditoriale basée sur le langage XML/TEI dédiée à l’édition scientifique et développée par le pôle numérique des Presses universitaires de Caen.
Pour ces missions, j’utilise plusieurs méthodes afin d’identifier les besoins d’une équipe : enquêtes internes et entretiens individuels.
Bien entendu, en parallèle, je mène également une veille technologique sur les outils, les acteurs et les projets en Humanités Numériques.

4. Quelles sont les compétences requises pour un ingénieur en Humanités Numériques ?
Ce que je constate depuis que je suis de près l’actualité des offres de postes autour des Humanités Numériques, c’est que cela touche un domaine très large en termes de compétences en ingénierie, et que les profils recrutés peuvent être très différents.
Au sein même des différentes MSH où l’on trouve des ingénieur-e-s Humanités Numériques, les compétences pour ces postes sont diverses et variées et les besoins de ces structures ne sont pas identiques.
Par exemple, en ce qui me concerne, à la MAE, j’ai plutôt une approche généraliste des Humanités Numériques avec une mission d’accompagnement, et non pas de réalisation, ni de développement technique car seule à ce poste, je n’en ai pas la possibilité. Je ne fais donc pas du tout de manipulation de données et je ne mets plus les mains « dans le cambouis ». Ainsi, je ne suis pas spécialiste d’un domaine particulier, par contre, je possède des compétences en conception et en conduite de projet, en gestion de l’information et en traitement des données.
Sur ce point, des compétences et une expérience en gestion de l’information et en traitement des données me semblent primordiales parce que cela offre une vision complète de la chaîne de traitement et c’est bien cela aujourd’hui qui est au cœur du sujet lorsque l’on parle de données numériques. Enfin un savoir-faire autour de la définition des besoins est également important afin d’être capable de formaliser les besoins des chercheurs et de les orienter efficacement.

5. Depuis votre prise de fonction vous avez accompagné différents projets de recherche, quel est celui qui vous a le plus marqué et dont vous pourriez nous parler aujourd’hui ?
Il y a un projet particulier en cours, qui est le projet SAWA pour Savoirs Autochtones Wayana – Apalaï (Guyane) - Une nouvelle approche de la restitution et ses implications sur les formes de transmission. C’est un projet du LabEx les Passés dans le présent de restitution patrimoniale auprès de populations amérindiennes de Guyane Française : les Wayanas et les Apalaïs.
Ces communautés ont perdu une partie de la mémoire de leur patrimoine culturel, qu’il s’agisse du patrimoine matériel ou immatériel. Les rituels, les chants, les mythes qui structuraient fortement ces communautés ont été peu à peu oubliés et les Amérindiens ressentent le besoin de retrouver cette mémoire, leur mémoire ancestrale.
Ce projet a donc pour ambition de travailler en étroite collaboration avec ces deux communautés amérindiennes afin de restituer cette connaissance par l’intermédiaire d’un portail numérique qui agrègera une sélection de données (enregistrements sonores, films, photos, objets de musées, cartographies, etc.) provenant de différentes institutions patrimoniales et de fonds de chercheurs jusque-là restés confidentiels.
Je pilote le projet de portail en collaboration avec la responsable scientifique - Eliane Camargo - et la cheffe de projet  - Valentina Vapnarsky. Une grande partie du travail est réalisée par les Amérindiens eux-mêmes : sélection et description des données, transcription et traduction des enregistrements sonores et des films, structuration du site, liens entre les documents, graphisme. L’objectif est qu’ils s’approprient le portail, le prennent en main de manière totalement autonome, l’alimentent et l’enrichissent.

La première version de ce projet sera visible dans un an. En attendant de le voir réalisé, nous souhaitons un bon travail à Sara et à toute l’équipe !

Prochaine interview à suivre...