Interview responsable Humanités Numériques : Sofia PAPASTAMKOU. Les mots-clés : DH Nord, interdisciplinarité et esprit fédérateur des MSH

Sofia Papastamkou, ingénieure au sein du pôle Humanités numériques, outils, méthodes et analyse de données de la MESHS de Lille, accepte de participer à notre interview.

1. Quel est, selon vous, le role des humanités numériques dans la recherche en SHS aujourd’hui ? Quelle valeur ajoutée est amenée par les humanités numériques dans les MSH ?

Aujourd’hui, il n’y a aucune discipline des SHS qui n’ait pas été affectée par la révolution numérique. Cela se traduit notamment par de profondes modifications dans :

  • La manière de publier
  • La constitution des objets de recherche
  • La nature des sources
  • Le stockage et la diffusion des données

 

Les MSH se positionnent comme un relais entre recherche d'une part et, d'autre part, les Très Grands Infrastructures de Recherche (TGIR) et les Infrastructrures de l’information scientifique et technique (IST).

Observatoires privilégiés qui font de l’ancrage territoriale leur point fort, les MSH se distinguent par leurs offres de formation ad hoc et d’expertise (aide au montage des projets de recherche).

 

2. Depuis quand êtes-vous en poste à la MESHS et quel est votre parcours ?

J’ai été recrutée à la MESHS en novembre 2014 en tant que Responsable des Humanités Numériques parce que la MESHS s’est positionnée de manière précoce vis-à-vis des humanités numériques.

J’ai un parcours atypique, avec un Master en Histoire et une thèse de doctorat en Histoire de relations internationales.

J’ai travaillé auparavant au sein de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC - nommée depuis peu « La Contemporaine »), d'abord aux collections des affiches auprès de son Musée d'histoire contemporaine, puis au département des archives (organisation et communication des fonds, description archivistique encodée). J’ai décidé ensuite de reprendre mes études avec le Master 2 "Technologies numériques appliquées à l'histoire" de l’École nationale des Chartes (promo 2013). C’est à la suite de ce master que j’ai pu être recrutée à la MESHS en tant que responsable des Humanités Numériques.

 

3. Quel est votre travail en tant qu’ingénieure au sein du Pôle Humanités numériques, outils, méthodes et analyse de données de la MESHS ?

Tout d’abord je participe, en lien avec la direction de la MESHS, à la définition et au développement de la politique de la structure en matière d'humanités numériques. Un deuxième volet de mes missions concerne la gestion des données et la contribution à l’évolution de la plateforme numérique que la MESHS met à disposition des équipes de recherche. J’offre également de l’expertise auprès des chercheurs soit dans le cadre de montage de projets (ANR, européens, etc) soit dans le cadre des projets financés par la MESHS en matière de données de la recherche et de publications scientifiques électroniques.

J’organise également des formations sur les méthodes et les outils des humanités numériques. Je peux évoquer, par exemple, une semaine d’ateliers (Les journées data-shs, 11-15 décembre 2017) organisés en collaboration avec la PUDL (Plateforme Universitaire des données de Lille). Le programme de ces ateliers illustre une véritable interaction entre les problématiques des humanités numériques et des approches quantitatives; d'ailleurs, grâce à l'implantation de la PUDL aux formations doctorales, ces ateliers ont été labellisés par l’école doctorale SESAM. Enfin, je fais partie du comité organisateur du colloque DH Nord, une manifestation scientifique annuelle consacrée aux humanités numériques que la MESHS organise depuis 2014 , initiée par mon prédécesseur.

 

4. Quelles sont les compétences requises pour un ingénieur en humanités numériques ?

Il s’agit de compétences très variées et dépendant du profil de l’agent ainsi que de l’dentitié scientifique de la MSH concernée. A titre d’exemple, je peux citer l’édition scientifique et électronique, la gestion de consortia des TGIR, le montage de projets, la gestion des données. Un rapport est en cours de préparation, avec la coordination du RNMSH, au sujet des profils et des compétences des ingénieurs en humanités humériques au sein des MSH.

 

5. Depuis votre prise de fonction, vous avez eu un rôle décisif dans la création et l’organisation du colloque DHNord. Pourriez-vous nous parler de cette expérience ?

Le colloque DH Nord est un cas d’étude intéressant : je le considère comme un indicateur de l’évolution des humanités numériques en France. Je suis arrivée à la MESHS pendant que la deuxième édition, celle de 2015, était en cours d’organisation. A partir de 2016, un appel à communication a été lancé.

Depuis 2017, DH Nord a obtenu le soutien financier du Conseil régional des Hauts-de-France (contrat de plan Etat-Région). L’édition 2017 a été intégralement consacrée à l’Histoire Numérique avec beaucoup de cas d’étude et une forte ouverture à l’international. L’organisation a été effectuée en partie en partenariat avec le Luxembourg Centre for Contemporary and Digital History (C²DH) qui a collaboré d’une part à la conception scientifique du colloque (rédaction de l’appel à communications,  procédure de relecture des propositions déposées par les pairs, élaboration du programme, coordination du comité scientifique), d’autre part au financement de l'opération. 

Les intervenants provenaient de dix-neuf pays différents. Cette édition a donné lieu à des débats très intéressants et à un atelier complétement anglophone.

L’édition DH Nord 2018, actuellement en cours d’organisation, et pour laquelle vous pouvez trouver l’appel à communications ici, prévoie la collaboration avec « Humanistica », l’Association Francophone des Humanités Numériques, qui est entièrement en charge du volet « ateliers ».

 

6. Qu’est-ce que cette expérience vous apporte au niveau professionnel et qu’est-ce que le colloque DHNord apporte à la MESHS ?

Je vais commencer par vous dire ce que DH Nord apporte à la MESHS sur la base d’un constat fait par les participants au colloque : DH Nord est devenu le rendez-vous annuel francophone pour les humanités numériques, ce qui donne donc une forte visibilité scientifique à la MESHS dans ce domaine.

Quant à ce que DH Nord m’apporte : indéniablement le développement d’une capacité organisationnelle et managériale, mais en plus, « ça me plait » et j’y trouve une forme d’épanouissement professionnel et intellectuel !

« Lorsqu’on s’investit intellectuellement dans un évènement scientifique de cette ampleur, on souhaite que cela réussisse complétement. » Puis, un tel colloque met en jeu la capacité de collaborer avec beaucoup de personnes à plusieurs niveaux aussi bien en interne, dans l’unité, qu’au sein des réseaux scientifiques : au final, le résultat est toujours issu d’un travail collectif.

 

7. Comment le colloque DH Nord s’intègre dans le contexte des humanités numériques de la MESHS et quelle est la valeur ajoutée de l’organiser au sein d’une MSH ?

DH Nord met en relation les porteurs de projets locaux avec un contexte national et désormais aussi international. Cela est très enrichissant.

D’une certaine manière, la MESHS agit comme une « tente » capable d’englober les différentes tendances en humanités numériques. En revanche, les laboratoires particuliers spécialisés en humanités numériques sont très rares ou bien si des « tendances » en humanités numériques sont présentes dans certains laboratoires, les chercheurs peuvent s’y sentir un peu isolés. Une MSH, en tant que structure par excellence pluridisciplinaire, est par contre capable de fédérer tendances de recherche et chercheurs.

Cela est donc plus pertinent d’organiser un colloque de cette portée au sein d’une MSH plutôt que dans un laboratoire précis.

Lorsque l’on parle d’esprit fédérateur des MSH, nous devons citer le RNMSH, qui a été toujours très réceptif vis-à-vis de DH Nord. Son soutien est mentionné dans la Feuille de Route 2016-2018 du RNMSH. Les collaborations inter-MSH et entre MSH et d’autres structures de recherche sont ainsi encouragées ; pour l’édition 2016 nous avons par exemple collaboré avec la MSH de Bretagne (MSHB) grâce à la participation de son directeur, Nicolas Thély, dans le comité scientifique.

Merci à Sofia d’avoir partagé avec nous son métier passionnant et la dynamique institutionnelle de la MESHS !

Prochaine interview à suivre….