Nouvelles technologies au service d’une ancienne épave phénicienne

Jeudi 18 mai 2017

La découverte en prospection sous-marine profonde d’une épave phénicienne du VIIe s. av. J.-C. a conduit au développement d’un procédé de relevé photogrammétrique intelligent permettant à l’archéologue de travailler à distance, dans des conditions de lisibilité jamais atteintes et avec des outils d’intelligence artificielle qui ouvrent des perspectives de développement considérables.

Jean-Christophe Sourisseau, professeur d’archéologie à l’université Aix-Marseille, titulaire de la Chaire UNESCO d’Archéologie Maritime et Littorale et Directeur du Centre Camille Jullian (UMR 7299) a suivi ce projet et nous a expliqué le problème lié à cette découverte : « nous avions repéré, à Malte, une épave extrêmement intéressante, mais à 120 mètres de profondeur… j’ai donc fermé le dossier en pensant que le travail était terminé. »

Mais c’était avant de montrer cette découverte à Pierre Drap, CR CNRS (LSIS UMR 7296), spécialiste de photogrammétrie sous-marine. Il a développé une technique avec la Comex, un partenaire industriel, qui a permis d’étudier des épaves profondes.
« La première étape, évidement, c’était d’obtenir une couverture photographique exhaustive et d’en faire un relevé intelligent, c’est-à-dire un relevé fondé sur des connaissances archéologiques ».
Jean-Christophe nous a expliqué la problématique principale du projet : comment être capable aujourd’hui de travailler ensemble pour essayer de tirer la plus-value interdisciplinaire d’un document inaccessible ?
Cette interdisciplinarité, développée au Centre Camille-Jullian au sein de la Maison Méditerranéenne des Sciences de l’Homme d’Aix-en-Provence, a imposé une association entre les Sciences Humaines et Sociales et les Sciences de l’Ingénieur.
La nouvelle technologie créée a ainsi permis de produire un casque de réalité virtuelle, qui montre l’épave exactement comme si l’on était sous la mer. Mais ce n’est pas tout : avec la réalité virtuelle, il est possible de reconstruire une partie de l’épave enfouie sous le sédiment pour avoir une vision plus complète.
« Aujourd’hui l’archéologie sous-marine est une archéologie non invasive et de profondeur, pour laquelle nous sommes obligés de développer des outils qui, malgré la contrainte de profondeur, permettent néanmoins de travailler correctement. Evidement il y a une perte de matérialité mais nous réinventons une matérialité virtuelle ».

Nous souhaitons à cette équipe de recherche un bon travail ! Et pour toutes les personnes curieuses de voir cette épave : prenez une respiration et mettez le casque de réalité virtuelle, les abysses vous attendent.