Une interview avec Sophie Bouffier, directrice de la MMSH, au sujet du Prix de thèse et de l’appel à programmes de recherche de cette Maison.

Samedi 30 mars 2019

RNMSH : La MMSH a publié un appel pour un prix de thèse en études méditerranéennes et africaines, dont la date limite de candidature est le 1er mai prochain.

RNMSH : Est-ce la première année que la MMSH a institué un prix de thèse ?

Sophie Bouffier : Oui, c’est la première année.

RNMSH : Quels en sont les objectifs de fond et comment ce prix correspond aux orientations de la MMSH ?

SB : La MMSH travaille depuis sa fondation, en 1997, dans le champ des études méditerranéennes et y a acquis une visibilité nationale et internationale. Outre ses équipes associées, ses partenariats et réseaux internationaux, ses plateformes numériques consacrées à cette aire culturelle, elle a orienté ses collections éditoriales dans le même sens. Mais jusque-là, les ouvrages publiés étaient des travaux de chercheurs aixois.

Le premier objectif est de donner une visibilité aux meilleurs travaux de jeunes chercheurs français et étrangers sur la Méditerranée en leur favorisant la publication dans les collections de la MMSH et des équipes associées, chez des éditeurs privés ou dans des presses universitaires, notamment les Presses Universitaires de Provence. Une publication numérique est également à l’étude.

Le deuxième objectif est de renforcer le rôle de la MMSH dans les études méditerranéennes et de conforter sa place de pôle d’excellence sur ce domaine aréal. La Méditerranée est un terrain d’études privilégié, en ce qu’elle conjugue les principaux enjeux environnementaux, humains et patrimoniaux de notre société, mais peut offrir également un modèle d’analyse pour d’autres régions du globe. Elle a d’ailleurs donné son nom à d’autres aires maritimes, comme la mer des Caraïbes dénommée Méditerranée du Nouveau Monde (dans l’émission de France Inter Culture Monde du 28/09/2018), la Baltique appelée Méditerranée du Nord (dans le Dessous des Cartes,  novembre 2013) ou la mer de Chine méridionale rebaptisée Méditerranée asiatique (dans l’ouvrage de François Gipouloux, La Méditerranée asiatique, CNRS Editions, 2009).

Nous avons également ouvert l’AAP aux études africaines car l’histoire de la Méditerranée et de ses crises, telles que celle que nous connaissons actuellement dans le champ migratoire, est étroitement liée à celle du continent africain et on ne peut pas continuer à penser les deux aires de manière tubulaire sans dresser des parallèles entre elles. La Méditerranée peut et doit être étudiée dans ses relations avec les autres espaces frontaliers, voire mondiaux.

RNMSH : Comment le comité d'évaluation sera-t-il composé ?

SB : Il sera fait appel au Conseil scientifique de la MMSH, chargé d’évaluer sa politique scientifique et constitué à la fois de chercheurs français et étrangers et venus des différentes disciplines des SHS.

RNMSH : Cet AAP est-il ouvert à des docteurs ayant soutenu leur thèse à l’étranger ?

SB : Oui, absolument, et même à des thèses en langue étrangère, dans la limite des langues publiées par les collections de la MMSH et de ses équipes.

RNMSH : La MMSH lance également un appel à programmes de recherche. Quels en sont ses objectifs ?

SB :  l’AAP est réservé aux équipes du site d’Aix-Marseille. Il s’agit d’ouvrir la MMSH à des laboratoires extérieurs qui souhaiteraient nouer des partenariats sur la Méditerranée et les études africaines, études aréales privilégiées par la MMSH, ainsi que de renforcer le rôle d’incubateur SHS de la Maison sur le site, conformément au rôle attribué aux Maisons des sciences de l’homme par leurs tutelles. L’objectif principal est de contribuer à la dynamique du site d’Aix-Marseille qui a décidé de faire de la Méditerranée un des pôles principaux de sa politique : la MMSH a vocation et mission d’assurer le développement des études méditerranéennes en SHS, en lien avec les autres composantes d’Aix-Marseille Université et en tissant des liens avec les établissements associés.

RNMSH : L’interdisciplinarité est un des critères de sélection. Pourriez-vous expliquer le rôle de l’interdisciplinarité au sein de la MMSH dans ses différents événements et dans le soutien aux programmes de recherche ?

L’interdisciplinarité a été mise en place par Robert Ilbert dès la fondation de la MMSH en 1997 : à ce moment-là, des séminaires et programmes transdisciplinaires et inter-laboratoires ont été lancés sur les grandes thématiques des équipes associées : sciences des religions, populations méditerranéennes, circulations économiques, villes et territoires, pratiques culturelles… Ils sont destinés à soutenir des projets-amorces qui dans l’idéal pourront se poursuivre par des réponses aux grands AAP nationaux et internationaux. Cette interdisciplinarité a créé la cohésion scientifique et sociale des membres de la MMSH, qui ont un sentiment d’appartenance fort à une communauté soudée. Outre le soutien financier, la MMSH propose ses services en support du travail des collègues : service informatique pour le montage de plateformes, service communication pour la visibilité des événements organisés sur le site et au national, service édition pour les publications de ces programmes.

RNMSH : L'ouverture à l'international ainsi qu’aux partenariats non académiques sont aussi deux critères de sélection. Pourriez-vous nous expliquer mieux quel est l'avantage de ces deux éléments dans un programme de recherche ?

La MMSH a porté depuis 2002 un réseau international de partenaires en Méditerranée, soutenu par la commission européenne dans deux PCRD (5e : 2002-2005 et 6e : 2006-2010), puis par l’initiative d’excellence d’Aix-Marseille Université, Amidex, en 2015 et 2016. Il est aujourd’hui en cours de restructuration et l’AAP est destiné à contribuer à cette réflexion sur les partenariats internationaux de la MMSH, en accord avec la politique de site d’Aix-Marseille Université. La dimension internationale est indispensable pour favoriser la compréhension des phénomènes méditerranéens et croiser les approches méthodologiques et idéologiques.

L’appel à des partenariats non-académiques fait partie des orientations des Maisons des sciences de l’homme telles que ses chartes successives les ont actées, et du nouveau contrat quinquennal de la MMSH : les collaborations avec des associations, musées, entreprises permettent de co-construire des recherches avec les acteurs de la société. L’objectif est de renforcer la place des chercheurs SHS hors les murs et de coordonner des actions de valorisation éditoriale, de diffusion de la culture scientifique et de transfert vers la société civile, le monde culturel et les milieux socio-économiques.

RNMSH : Dans le cadre de cet AAP, la MMSH offre, outre la contribution financière, également du soutien dans différents aspects du développement de la recherche : aide documentaire, accueil des chercheurs, aide à l'organisation des manifestations scientifiques. Pourriez-vous nous faire un retour sur les différents outils et services support de votre Maison ainsi que sur des exemples de projets valorisés dans le passé, afin qu'on puisse les faire largement connaître ? 

La MMSH dispose de services de soutien spécifiques aux programmes labellisés : outre les services de communication, d’édition et d’informatique évoqués ci-dessus, elle porte des centres de documentation exceptionnels sur la Méditerranée : les 4 bibliothèques (Médiathèque de l’USR 3125, Bibliothèque d’Antiquité d’Aix du Centre Camille Jullian, de l’IRAA et du TDMAM, Bibliothèque de Préhistoire du LAMPEA, Bibliothèque d’archéologie et d’histoire médiévales et modernes du LA3M). La Médiathèque propose à la fois une bibliothèque, une iconothèque et une phonothèque (env. 140.000 ouvrages et 4.800 périodiques sur la Méditerranée et en particulier sur le Maghreb et sur l’histoire de la Provence), ainsi que les archives de chercheurs qu’elle conserve. La Bibliothèque d’Antiquité d’Aix compte plus de 48.000 ouvrages et 1.100 titres de périodiques, en particulier sur l’histoire et l’archéologie de la Gaule du Sud et de l’Afrique du Nord antique, les civilisations classiques du Monde méditerranéen, les textes grecs et latins, ainsi que l’Antiquité tardive et le christianisme antique. La Bibliothèque de Préhistoire comprend actuellement plus de 8.000 ouvrages et thèses, et plus de 500 titres de périodiques sur les thématiques et aires culturelles de la Méditerranée et de l’Afrique. La Bibliothèque d’archéologie médiévale dispose de 6.000 ouvrages et thèses avec des collections particulièrement riches sur la Provence et le Languedoc-Roussillon.

La MMSH a également mené depuis une quinzaine d’années une politique active d’humanités numériques par le montage de plateformes technologiques et de sites web qui peuvent être des relais et des amplificateurs des programmes de recherche sur la Méditerranée. Pour ne citer que les plus importantes :

La Cité Numérique de la Méditerranée, CiNuMed

e-mediatheque

Cartomundi

Ganoub, base de données de la Phonothèque, qui participe au programme Europeana Sounds coordonné par la British Library, pour les enregistrements du patrimoine sonore ethnologique, linguistique, historique ou musicologique sur l’aire méditerranéenne

MediaMed, ressources multimédia en sciences humaines sur la Méditerranée

Un portail de carnets Hypotheses

Archives ouvertes de la Méditerranée HALSHS.

La variété des actions mises en œuvre et l’adaptabilité de la structure ont permis à la fois l’émergence de thématiques spécifiques (Observatoire de la Démographie en Méditerranée, Observatoire des relations euro-méditerranéennes par exemple) et le développement de programmes au cœur de l’actualité (réseau MiMed : migrations en Méditerranée sur la longue durée, GenderMed sur le Genre…) : il s’agit de programmes récurrents qui ont fédéré d’abord les chercheurs de la MMSH et se sont ouverts ensuite aux partenaires du site d’Aix-Marseille Université. De nouveaux programmes peuvent s’intégrer ou développer de nouveaux dispositifs que la MMSH soutiendra, le cas échéant.