Une MSH à l’honneur : la thématique de l’environnement dans les projets de la Boutique des Sciences de la MSH Sud de Montpellier

Vendredi 23 novembre 2018

La Boutique des Sciences constitue un service intégré à la MSH Sud de Montpellier depuis janvier 2018. Il s’agit d’un dispositif mettant en acte une démarche exploratoire de co-construction des projets de recherche entre les acteurs du territoire (associations, collectivités territoriales, organismes publics) et les équipes de chercheurs locales. Les différents acteurs en question se concertent autour d’une problématique d’intérêt commun qui devient sujet de recherche. Ils essayent par conséquent de trouver des pistes de solutions, des réponses, des méthodes pour aborder les questions de recherche ainsi ciblées. Le dispositif des boutiques de sciences est né aux Pays-Bas dans les années soixante-dix et connait un développement relatif en France depuis les années quatre-vingt. Les boutiques de sciences sont structurées aussi au sein du réseau européen Living Knowkedge. Fédération de recherche qui se concentre sur les « transitions » et sur « les Sciences Unies pour un autre Développement », la MSH Sud a récemment lancé deux projets ayant comme thématique prioritaire l’environnement au sein de sa Boutique de Sciences.

Cet article analyse et met en valeur la démarche liée au projet MAPE « Mesures de réduction de la mortalité aviaire dans les parcs éoliens en exploitation » et reporte aussi le témoignage de Benoît Daviron, chercheur au CIRAD au sein de l’UMR Moisa, engagé dans le projet « Agroécologie paysanne et Alimentation territorialisée » lancé en 2017.

Le premier projet est porté par la Boutique des Sciences de la MSH Sud, en collaboration avec la Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO), la DREAL Occitanie, le Labex CeMEB. Tous ces acteurs sont impliqués dans la prévention de la mortalité des oiseaux causée par les éoliennes dans les parcs éoliens en exploitation. Bien que certains parcs éoliens aient été dotés de dispositifs automatiques de réduction de collisions afin de détecter les oiseaux, soit par le biais de vidéos soit via des radars couplés avec un dispositif émettant des bruits pour arrêter les oiseaux ou bien pour déclencher l’arrêt automatique des éoliennes, le problème de la mortalité des oiseaux causée par les éoliennes n’a pas été solutionné de manière satisfaisante. La mortalité aviaire dans les parcs éoliens est donc un sujet brûlant depuis le début du développement de l’éolien industriel. Aujourd’hui, le développement des énergies renouvelables est une priorité. La résolution des tensions entre le développement de l’énergie éolienne et la protection de la biodiversité est par conséquent fondamentale pour les acteurs de l’environnement et a récemment donné vie à la constitution de démarches de concertation collective capables de faire de nouvelles propositions dans ce sens. Malgré cet intérêt commun, les différents acteurs n’ont pas la même posture face au sujet (industriels, exploitants d’énergie, associations environnementales ou l’État). Des négociations sont donc indispensables pour pouvoir définir quelles données peuvent être produites, analysées et rendues disponibles.

La Boutique des Sciences de la MSH de Montpellier a été donc saisie afin de créer une démarche de concertation collective et se positionne dans ce cadre comme lieu idéal pour faire naitre des nouvelles idées en co-construction entre les équipes de recherche et les acteurs locaux concernés.

Dans ce cadre, la Boutique des Sciences est l’acteur clé en mesure d’assumer l’animation d’un tel projet, avec un regard neutre et capable de mobiliser les différents partenaires. Cette démarche s’inscrit pleinement dans les projets de la MSH-Sud au service des « transitions » en sens large, afin de promouvoir un autre modèle de développement pour faire face aux crises (dans les secteurs du climat, de l’environnement, et de la société). Un événement d’ouverture a eu lieu le 23 novembre 2018 à la MSH Sud, et a pris la forme d’un atelier de lancement qui a réuni soixante-dix participants de la filière de l’éolien industriel. Chaque partenaire, à différents niveaux, soit en tant qu’acteur soit en tant que décideur, a un intérêt à mettre en place des solutions concrètes visant la prévention de la mortalité des oiseaux causée par les éoliennes : la LPO a besoin d’indicateurs sur lesquels s’appuyer pour assurer sa mission de protection de l’environnement ; la DREAL rédige des préconisations et établit des normes relatives à la réglementation des parcs éoliens ; les chercheurs impliqués, Aurélien Besnard et Olivier Duriez du laboratoire CEFE, sont intéressés par les sujets de la protection de l’environnement et des « transitions » définis ci-dessus. L’enjeu d’une démarche participative est de convaincre les chercheurs de s’investir dans un projet de recherche à haut risque dans toutes ses phases (à partir de l’élaboration du projet et de sa rédaction jusqu’à l’activité de recherche proprement dite ainsi qu’à l’analyse des résultats finaux et de leur communication), en collaboration avec les acteurs de terrain, afin d’aboutir à une solution qui soit tout de suite utilisable et opérationnelle.

La MSH Sud se positionne comme un espace neutre, garant d’une autonomie de vision, et fait l’autorité pour animer cette dynamique. L’atelier du 23 novembre sur les éoliennes a ainsi été élaboré par la Boutique des Sciences de la MSH Sud en partenariat avec le bureau d’étude LISODE « Lien Social et Décision », qui utilise une méthode d’animation participative. Cela rompt avec les postures habituelles entre intervenants et participants et facilite la mise en place d’une dynamique de concertation collective.

Les raisons qui mobilisent les chercheurs pour participer à un tel projet sont d’une double nature : d’une part, leurs compétences techniques et l’intérêt porté pour la thématique choisie sont des facteurs-clés ; d’autre part, la motivation forte pour s’investir dans une démarche de co-construction l’est encore plus. Les projets portés par la Boutique des Sciences sont considérés comme à haut risque car dans leur phase de démarrage, ils ne sont pas encore conçus comme de véritables projets de recherche mais plutôt comme des occasions pour se rencontrer, discuter, poser des questions et donner ainsi vie à un éventuel projet de recherche dans un deuxième temps. De plus, la participation des acteurs du secteur privé implique une prise de risque forte en matière de partage de données : par exemple, à ce stade, nous ne savons pas encore si les exploitants de parcs éoliens souhaiteront rendre publiques leurs bases de données concernant le taux de mortalité des oiseaux.  Si la démarche de concertation collective aboutit à un projet de recherche, la Boutique des Sciences pourra continuer à en faire partie en tant que « tiers veilleur » afin de faire la médiation et faciliter la discussion entre les différents partenaires.

Le deuxième projet de la Boutique des Sciences de la MSH Sud porte sur l’ « Agroécologie paysanne et Alimentation territorialisée en Occitanie » et propose une discussion prospective sur l’alimentation et l’agroécologie paysanne sur le territoire autour de Montpellier en adressant la question suivante : « comment nourrir et répondre aux attentes de  la population de Montpellier avec une agriculture écologique et paysanne dans un contexte de dérèglement climatique et de fin des énergies fossiles ?» Sept collectifs d’associations travaillant dans la région Occitanie sur la thématique de l’agroécologie paysanne participent à cette démarche de concertation collective. Benoît Daviron, chercheur du CIRAD spécialisé dans les échanges mondiaux des produits agricoles et impliqué dans ce projet, a accepté d’être interviewé par le RNMSH. Nous reportons ci-dessous son intéressant témoignage concernant les raisons personnelles pour lesquelles il a jugé important de s’engager dans ce type de projet : « Dans mon travail, je suis soucieux de défendre les enjeux sociaux de la recherche afin de travailler sur des questions et non pas seulement sur des objets, comme souvent cela se fait dans des projets de recherche plus « traditionnels ».  A mon sens, cela constitue la condition sine qua non de l’efficacité de la recherche même. Avant d’être chercheur, je suis tout d’abord un citoyen et je considère important de m’engager dans des échanges constructifs avec les collectives locales et les acteurs de terrain comme les associations. La démarche participative de co-construction des questions de recherche pratiquée par la Boutique de Science de la MSH Sud offre cette possibilité ».

La Boutique de Sciences de la MSH Sud est donc un espace de partage des méthodes et des connaissances où les regards des chercheurs et ceux des acteurs locaux peuvent se croiser, donnant lieu à de véritables ateliers publics sur des thématiques de pointe pour la société.  Une fois tous les éléments partagés, il est possible d’élaborer une problématique à partir de questions concrètes, d’écrire un protocole et de travailler ensemble pour produire un résultat. Les acteurs du terrain sont co-chercheurs à côté de ceux qui sont chercheurs par métier. Les résultats ainsi obtenus peuvent être appropriés par tous les acteurs.

Les deux projets analysés dans cet article sont encore dans une phase de démarrage et de concertation. Le RNMSH ne manquera pas de vous donner des nouvelles de la suite dans un prochain numéro de sa lettre ou bien dans ses actualités sur son site internet.