Le programme ARSHS est un programme mis en place depuis trois ans dans l’objectif de développer une politique de conservation et de traitement des patrimoines scientifiques et culturels des SHS en France.
Que sont les archives des SHS ?
Les archives de la recherche, des chercheurs et des établissements de recherche et d’enseignement sont aujourd’hui menacées faute de solution efficace de conservation. Ces archives constituent pourtant une documentation essentielle à trois égards :
elles contiennent des données et une documentation irremplaçables pour la connaissance et la compréhension des sociétés modernes ;
elles représentent des matériaux élaborés et accumulés par les chercheurs, essentiels à l’établissement de la scientificité des SHS ;
elles offrent des gisements documentaires indispensables pour une histoire renouvelée et documentée des SHS
Le programme ARSHS a été mis en œuvre en 2004 par la Maison des sciences de l’homme de Dijon, avec la collaboration des MSH d’Aix en Provence et de Nanterre, pour proposer et mettre en œuvre des solutions de conservation et de valorisation de ce patrimoine. Des opérations ont été menées sur plusieurs fronts ; elles ont consisté à :
organiser un réseau de partenariat entre les établissements concernés par ce problème (réseau des MSH, Direction des Archives de France, CNRS, Conférence des Présidents d’Universités) ; ce partenariat s’est concrétisé notamment par la signature de conventions.
dresser un état des lieux documenté des gisements documentaires conservés dans les divers établissements d’enseignement, de recherche et de conservation, par une enquête par questionnaire. Ce questionnaire, conçu selon la norme internationale de description archivistique ISAD-G a été élaborée par des chercheurs (Bertrand Müller et Gilles Laferté) en collaboration avec des archivistes et des informaticiens. L’enquête a été lancée en plusieurs étapes dès 2005 dans le but de repérer et d’inventorier ces gisements. Sauf avis contraire des participants, les résultats sont référencés dans une base de données consultable en ligne.
mettre en œuvre une campagne nationale de sensibilisation, repérer, mettre en réseau et coordonner les initiatives diverses et les opérations isolées en France, par l’organisation de journées d’études et de colloques.
Ce programme a pu être réalisé partiellement grâce notamment au soutien financier d’une ACI réseau MSH puis d’une ANR.
Bilan intermédiaire
Deux journées d’études ont permis
le 23 janvier 2007 (FMSH, Paris) de réunir et de coordonner les expériences en cours dans les différents établissements concernés ;
le 25 octobre 2007 (MSH, Dijon) de faire un bilan provisoire sur l’enquête et de mettre en valeur certaines des opérations archivistiques actuellement les plus avancées et les plus remarquables dans le domaine des SHS en France.
Le 21 décembre 2007 se réunira à la Maison René Ginouvès (MAE, Nanterre) un Comité de pilotage qui établira un cahier des charges des tâches à entreprendre, discutera de la structure institutionnelle et du réseau et élaborera une campagne nationale de sensibilisation.
Archives des SHS et recherche scientifique
Malgré l’urgence, un programme de sauvegarde des archives de la recherche en sciences humaines et sociales ne peut se concevoir sans un accompagnement scientifique. A cet égard signalons la publication d’un numéro de Genèses. Histoire et sciences sociales, coordonné par Bertrand Müller et Serge Wolikow. (numéro issu d’un colloque international sur les Archives et savoirs des sociétés en mouvements, qui s’est tenu à Dijon, les 29 et 30 septembre et le 1er octobre 2005). Genèses : Sciences sociales et histoire. « Sciences sociales : archives de la recherche » Juin 2006, n°36. Paris, Genèses : Calmann-Lévy ISSN : 1155-3219 Dans ce numéro, les archives des SHS sont resituées par rapport à la « double historicité » des sciences sociales, historiques par leur objet (les sociétés humaines) et par leur insertion dans une histoire des savoirs et des sociétés. Cette caractéristique lie étroitement l’archive à la connaissance et fait des archives des documents encore vivants, potentiellement réactivables et réutilisables dans de nouvelles recherches. Celles-ci peuvent d’ailleurs être de plusieurs ordres en particulier les revisites de « terrains » à partir des archives de recherches ou d’enquêtes antérieures ;soit sous la forme de recherches agrégeant des données quantitatives ou qualitatives dans des séries chronologiques. A Dijon à l’INRA, est menée une expérience de revisite de l’enquête menée dans le Châtillonais dans les années 1960 par des anthropologues du Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France. Cette expérience pionnière en France (elles sont plus fréquentes à l’étranger notamment parce que les archives y sont mieux préservées et plus aisément accessibles), montrent combien la production de nouvelles connaissances peut utilement s’articuler sur des fonds d’archives anciens. Nous ne saurions insister trop sur cette dimension essentielle de cette catégorie d’archives qui résiste ainsi plus que les archives administratives, ou économiques, à devenir des documents simplement historiques.
Par ailleurs, les opérations d’archivage se limitent rarement au traitement classique des archives (dépôt, inventaire, consultation) et s’accompagnent souvent de la production d’instruments de recherches (numérisation, inventaires, mais aussi bases de données, indexation, bibliographie, iconographie, etc…). Les expériences menées notamment à la Maison René Ginouvès de Nanterre sur les fonds archéologiques et ethnologiques sont exemplaires. Dans un autre registre documentaire, il faut relever aussi le travail effectué à la Maison Méditérranéenne des Sciences de l’Homme autour des fonds sonores.